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Réseau Mixité et Gouvernance autour de la Méditerranée

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©DiMed
Ce projet a pour ambition de constituer un réseau composé de femmes hautes responsables dans la fonction publique des pays de l’Euro-Méditerranée. Les membres partagent l’objectif de renforcer l’égalité professionnelle dans le secteur public et de développer la réflexion sur l’impact de la mixité sur l’action publique.

Au Sud de la Méditerranée, les transitions arabes ont clairement fait apparaître le lien entre démocratie et égalité femmes-hommes. En particulier, les femmes et la société civile se sont mobilisées pour la constitutionnalisation du principe d’égalité entre les femmes et les hommes, comme en témoignent les Constitutions marocaine, tunisienne et égyptienne. Malgré cela, des inégalités liées au sexe subsistent. Les femmes présentes aux postes de décision du secteur public de la région euro-méditerranéenne ont un fort potentiel transformatif : elles peuvent devenir les pivots d’une évolution de l’administration et des politiques publiques vers une meilleure prise en compte des enjeux de l’égalité des sexes et une meilleure performance.
 
Contexte
 
Le secteur public est, dans une certaine mesure, le parent pauvre des politiques d’égalité professionnelle. En effet, la fonction publique revendique l’application d’une stricte égalité de traitement dans la gestion de ses ressources humaines : recrutement sur la base de concours, salaire lié à une grille salariale et promotion selon une grille d’avancement basée notamment sur l’ancienneté. En outre, plusieurs pays euro-méditerranéens disposent d’une législation imposant la parité entre hommes et femmes dans les postes de responsabilité dans la fonction publique (article 19 de la Constitution marocaine de juillet 2011, loi dite Sauvadet de mars 2012 en France, par exemple). Enfin, au regard des autres secteurs d’emploi, les femmes sont particulièrement bien représentées dans l’administration publique.
 
Cependant, force est de constater que la gouvernance publique n’est pas partagée de manière égale entre les femmes et les hommes. Si les femmes sont bien représentées aux niveaux inférieurs et intermédiaires, elles restent, cependant, extrêmement minoritaires dans les postes les plus élevés. Au Maroc par exemple, en 2009, alors que les femmes représentaient 37% des membres l’administration publique, elles ne détenaient que 15% des  postes à responsabilité. Globalement, en France, on observe 15% de différentiel de salaires dans la fonction publique, lié aux primes de certains postes techniques ou postes à responsabilité, par exemple.
 
Par ailleurs, si le sujet de l’égalité professionnelle avait été, jusqu’à présent, largement entendu au sens d’égalité professionnelle dans le secteur privé, son volet fonction publique est de plus en plus à l’ordre du jour en Méditerranée. En France, ADETEF (l'agence pour la coopération technique internationale des ministères économiques et financiers et du développement durable) a tenu son Colloque 2013 sur « Coopérer pour une bonne gouvernance économique en promouvant la mixité, Regards croisés des administrations économiques et financières ». Au Maroc, vient d’être créé l’Observatoire sur le genre dans la fonction publique. En outre, en avril 2014, l’OCDE a tenu un « Forum mondial sur la Gouvernance publique – Le leadership des femmes dans la vie publique : Favoriser la diversité pour une croissance inclusive » à Paris.
 
Enjeux
 
Le système tend à faire perdurer l’éviction des femmes des lieux de décision. Les modalités d’organisation du travail dans la sphère publique (plafond de verre, plancher collant et parois de verre[1]), les problématiques d’articulation des temps de vie professionnelle et familiale (au quotidien, la double journée ; tout au long de la carrière), les stéréotypes qui s’attachent à chacun des sexes (femmes encouragées à être discrètes et conformes), ou encore la manière dont les femmes elles-mêmes abordent la gestion de leur carrière (réticentes à négocier leurs salaire et promotion, auto-censure dans les projections de carrière) sont facteurs d’inégalités professionnelles.
 
Dans cette perspective, la mixité femmes-hommes dans la gouvernance publique revêt plusieurs enjeux stratégiques. Réaliser la mixité au sein de la haute fonction publique favorisera l’égalité professionnelle et l’égalité dans l’exercice du pouvoir, mais également un meilleur exercice du pouvoir. Le respect de la parité au sein des sphères décisionnelles de la fonction publique aura également pour effet l’émergence de politiques publiques davantage sensibles au genre.
 
Objectifs
 
Le réseau a pour objectif global de renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes dans la région méditerranéenne, notamment par la diffusion d’une culture de l’égalité.
 
Cet objectif global se décline en deux objectifs spécifiques : d’une part, renforcer la place des femmes hautes fonctionnaires des pays de l’Euro-Méditerranée, notamment dans les ministères les plus éloignés de la mixité, en veillant à ce que la mixité et la parité soient visées à chacun des niveaux des postes à responsabilité et à ce que le partage du pouvoir dans les lieux de décision soit effectué selon une logique paritaire ; d’autre part, constituer une force de proposition pertinente en mesure d’influencer les politiques publiques dans le sens de la bonne gouvernance et de la sensibilisation au genre.
 
Mise en œuvre
 
Ce projet est porté, depuis 2013, par l'Agence pour la coopération technique internationale des ministères économiques et financiers et du développement durable français (Adetef) en partenariat avec le Centre d’excellence de la budgétisation sensible au genre, entité publique rattachée au ministère du Budget marocain, et avec le soutien de la DiMed.
 
Lors de la Conférence ministérielle Union pour la Méditerranée sur le Renforcement du rôle des femmes dans la société du 12 septembre 2013, les ministres des Droits des femmes  ont unanimement validé la pertinence du projet. A ce titre, il bénéficie d'un fort soutien de la part du Secrétariat général de l'Union pour la Méditerranéen (UpM).
 
Le réseau « Mixité-Gouvernance autour de la Méditerranée » a été lancé officiellement le 12 mai 2014 à Rabat, au Maroc. Lors de cette première réunion, la Charte des valeurs et objectifs a été adoptée. La prochaine réunion aura lieu en novembre 2014 à Beyrouth et sera hébergée par l’Institut des Finances libanais.
 
 

[1] Plafond de verre, plancher collant et parois de verre sont des images faisant référence respectivement à : la difficulté des femmes à atteindre les plus hauts postes à responsabilité, la difficulté des femmes à se hisser, la difficulté des femmes à passer des secteurs telles que la communication, les ressources humaines, à des secteurs telle que la finance par exemple.

« L'ensemble des obstacles visibles ou invisibles qui peuvent rendre compte d'une certaine rareté des femmes en position de pouvoir et de décision dans les organisations publiques, dans les entreprises, mais aussi les associations ou les syndicats », Laufer Jacqueline, Le plafond de verre, Guide d'appui à la négociation au sein des entreprises et des branches, Conseil supérieur de l'égalité professionnelle.

 

Date de mise à jour : 11/06/2014